Vous avez là - en titre - une déclaration qu’Einstein à faite durant ses études universitaires(1). Sans prétentions de ma part, et après cette première semaine de cours terminée, je pense pouvoir comprendre ce que ce géni a pu ressentir tout au long de son cursus scolaire.  

Mais avant tout, pour bien comprendre mon propos, un petit retour sur mon parcours s’impose. J’estime pouvoir vous transmettre un savoir. Je vous laisse donc juger de ma légitimité pour que vous puissiez en saisir toute sa valeur.

Le blog existe depuis un certain temps déjà. Je l’ai créé en mars 2017, dans la foulée de ma démission de l’université Lyon 1.  Deux questions : qu’ai-je donc fait à l’université ? Et pourquoi en ai-je démissionné ?


#Études

Beaucoup de personnes se reconnaîtront dans les premières lignes de ce récit. Bac scientifique mention assez bien en poche, me voilà en route sur le chemin de l’autonomie. La fac, Mathématiques, Informatique. À l’époque, seul le diable savait bien ce dont je voulais faire de ma vie. Des séances d’orientation avons-nous eu ? Ah oui, ces heures perdues ! L’aéronautique : Ingénieur, pilote, contrôleur ? Non, pilote avant tout ; mais aucune chance ; myopie et concours impossible. Pilote d’hélicoptère ? C’est combien la formation ? 100.000 €. Ah mais c’est gratuit aux États-Unis ! Bon… Dans l’informatique ? Expert en sécurité des systèmes d’information. 10.000 € en fin de carrière avais-je vu sur internet. Voilà qui a au moins le mérite d’être alléchant. Astronaute ? Non, non … stop !

L’avenir dans un mixeur, je me suis donc retrouvé … à la fac. Première année, j’applique les mêmes méthodes de travail qu’au lycée. C’est-à-dire … pas de méthodes de travail. Comme je fais de l’escalade depuis longtemps, je poursuis à l’université. Un lieu rêvé pour profiter de l’émulation étudiante et performer. Je progresse. J’ai la tête à la grimpe. Les cours ? Je ne comprends pas grand-chose à vrai dire. Mais ce n’est pas grave. J’applique quelques méthodes de résolution, et ça passe sans trop de soucis. J’ai mon année, 11 de moyenne. Sans les honneurs, mais le contrat est rempli.

Deuxième année … la grosse claque ! Ah si on m’avait appris à étudier ! Les maths, c’est un arbre. Sans racines, y’a pas d’arbre ! Mes racines ? Il fallait creuser pour les trouver ! Le bac, c’est facile. Le lycée, c’est facile. Apprends sans comprendre et tu t’en sortiras. Mais étudie pour comprendre et tu réussiras bien au-delà du bac. Je regrette profondément que personne n’ait été là pour m’enseigner – moi et tous ceux dans une situation similaire – ces principes fondamentaux de l’apprentissage. Je ne blâme pas les profs. Ils ont beaucoup à faire. Toutefois, il y a beaucoup à dire sur nos systèmes éducatifs. Nous aurons le temps d’y revenir.

Le mur est tombé. Infranchissable. Je ne comprends plus rien ! Que m’arrive-t-il ? Je sais aujourd’hui que j’aurais pu faire tous les efforts du monde pour surmonter ces difficultés, ceux-ci auraient été vains. Voici une petite analogie graphique. Voyez la courbe verte ci-dessous. Elle représente la quantité de travail à fournir en fonction de la difficulté croissante des notions à apprendre – donc le temps généralement. Elle croît, certes, mais à un rythme très raisonnable. En optimisant son temps et ses sessions de travail pour rendre ces dernières toujours plus efficaces, cela ne représente rien d’insurmontable.  

travail à fournir vs temps

Voyez maintenant la courbe rouge. Certains y reconnaîtront une exponentielle. Elle représente la quantité de travail à fournir pour maîtriser une notion dans le cas où vous n’avez pas travaillé – et surtout pas compris – tout ou partie des notions précédentes.

Remarquez que les premiers temps, l’exponentielle se trouve sous la droite. Les notions sont faciles. On se prend facilement à ne pas les travailler. Cela ne nous semble pas nécessaire. Grave erreur. Au point d’intersection, la tendance s’inverse, et vous avez tout intérêt à vous trouver sur une douce pente.

Voyez-vous où se situe le mur ? Un jour arrivera où l’exponentielle sera tellement haute qu’il vous sera impossible de la satisfaire. Game over !

C’était ma L2. J’ai démissionné avant le Game over.


#Entreprenariat

À l’époque, la bouillie dans le mixeur commençait à ne plus faire sens. Je me suis raccroché à celle-ci bien trop longtemps. Il fallait bien trouver du travail après les études ! Que peut-on faire d’autre dans notre société ? J’avais toujours l’espoir d’être assez bon en cours pour rejoindre l’ENAC et devenir pilote de ligne. Je me souviens de cette fois, en première année, où je suis sorti tard le soir me promener en ville pour réfléchir sur l’avenir. Comme beaucoup d’étudiants, j’ai pris la résolution de « me mettre au travail » (peu importe ce que ça peut bien vouloir dire) et de bosser en vue de cet objectif. Deux problèmes. L’un : l’objectif n’était pas assez authentique pour me permettre de surmonter les difficultés que j’allais rencontrer. L’autre : j’étais déjà bien trop engagé sur l’exponentielle ! Je l’ignorais alors, mais tout espoir était déjà perdu d’avance.

Un but. Réalisable ? Que peut-on bien faire d’autre dans notre société ? Gagner sa vie … Métro … Boulot … Dodo … Quel impact ? Je veux être utile. À tous, aux nécessiteux. Le salaire qui tombe à la fin du mois peut-il ne pas servir qu’à moi-même, à ma famille (hypothétique) ? Aussi élevé soit-il, il ne fera que peu de différence dans ce monde. 60.000€ par an ? 70h par semaine ? Plus assez de temps pour ce qui compte. Non. Je ne veux pas d’un salaire. Il doit y avoir un autre moyen !

Merci Oussama Ammar. Ces interrogations, c’est grâce à toi que je me les suis posées. L’élément déclencheur. Oui il y un autre moyen ! Pourquoi ne nous l’a-t-on jamais dit ? Pourquoi doit-on s’éduquer soi-même sur ce genre de questions ?

Il n’a pas fallu longtemps pour que mes recherches sur la toile et dans les livres deviennent infiniment plus enthousiasmantes que mes cours à l’université. J’avais enfin des projets en tête. Certes ceux-ci ne passaient pas par la conception standard de “projets de vie”. Même l’idée que je me faisais de l’entreprenariat était très différente des normes établies ; mais quand même, des projets !

Bon. Les premiers d’entre eux se sont très vite révélés infructueux. Mais peu importe. J’apprenais de mes erreurs. Je savais que j’étais sur le bon chemin. L’idée de ce blog et de sa monétisation est venue un peu plus tard. C’est alors que j’ai décidé de stopper mes études pour me concentrer sur la production de contenu pour celui-ci. La réalité est que si j’avais été sur la droite verte depuis le départ, concilier études et projets personnels n’aurait posé aucun souci.

Un mois et trente articles plus tard : l’insatisfaction. Quelque chose manquait. L’idée était d’aider des étudiants à réussir. Mes lectures m’ont fait prendre conscience que je sortais tout juste de l’exponentielle. Je découvrais mes erreurs passées. Je découvrais enfin tout ce que le système échoue à nous apprendre. Je savais comment réussir. Mais je n’avais pas réussi. J’avais des connaissances à transmettre, mais pas d’expertise. Cela, j’ai mis trop longtemps à le comprendre.

Les principes qui vous permettent de réussir académiquement vous permettrons en réalité de performer bien au-delà des sphères de l’école. Plus vous aurez pris de bonnes habitudes de travail et de réflexion tôt dans votre existence, plus vous pourrez prétendre au substantif de High Achiever. Vous savez, ceux qui semblent tout réussir sans effort apparent.

Ces habitudes, je n’ai pas su les prendre à temps. Pas étonnant donc que j’avais encore du mal à produire quelque chose dont je puisse être fier et qui puisse avoir un impact réel autour de moi. Si je voulais devenir l’un de ces High Achiever, des mesures étaient à prendre. Il allait falloir que je travaille sur moi ; que je rattrape le temps perdu.

Bien sûr, les choses se sont passées un peu différemment. J’ai mis longtemps à comprendre tout ce que je synthétise ici. Les processus mentaux sont parfois lents et il est plus facile de les analyser en rétrospective.

J’avais besoin de large et d’aventures. Je suis parti voyager un temps. Cela m’a aidé à élargir mes horizons. Mais tout n’était pas encore clair. Jusqu’au jour où j’ai décidé de reprendre l’étude des mathématiques en autodidacte.


#Autodidactisme

Quelle bonne décision se fut ! Oui, la tâche était colossale. J’avais beau avoir fait un peu plus d’un an de maths dans le supérieur, sans de solides racines, cela ne m’a pas servi à grand-chose. Il était enfin temps de les construire, ces racines ! Une feuille blanche, un stylo noir, et c’était parti. Je ne parlerai pas de programmes scolaires. J’ai horreur de ça. Les bases d’abord, puis petit à petit, l’arbre s’est construit. Tout comprendre était mon but. À ma grande stupéfaction, je me suis vite rendu compte que tout était facile. Quelques grands principes désormais connus à mettre en œuvre, une nouvelle passion s’autoalimentant, tous les ingrédients étaient présents pour aller loin.

J’aurai l’occasion de parler longuement des avantages de l’autoapprentissage. Tout ce que je peux dire ici, c’est que de nos jours les ressources sont tellement omniprésentes sur internet et dans les livres que la fonction d’enseignant – au sens classique du terme – tend largement à perdre de son prestige. Une notion me pose problème ? J’ai directement accès à une quantité presque illimitée d’explications différentes pour tenter de la comprendre. Je dois dire que, jusqu’alors, pas une seule notion apprise en autodidacte n’a résistée à ma compréhension. Je prends le temps d’approfondir l’aspect historique des découvertes. De m’imprégner de cette culture scientifique forgée au fils des siècles par des personnes toutes aussi inspirantes les unes que les autres. Quid de cet aspect en classe ? Rien. Quid de la curiosité intellectuelle ? Le désert.

Plus je fais des maths, plus je les trouve belles. Aucun enseignant n’a su allumer cette flamme par le passé. Tu n’as pas un esprit mathématique m’ont-ils dit, alimentant par la même occasion cette idée des maths pour les élites. Je leur réponds : attendez encore quelques années pour voir.


#Re-Étude

Mais … tout n’a pas été rose pour autant durant cette période. Je travaillais beaucoup, je m’isolais du monde. Cela m’a beaucoup servi les premiers temps. L’isolement permettait de me concentrer intensément et de couper court à toutes distractions. Sans lui, je n’en serais pas là aujourd’hui. Mais petit à petit, il est devenu évident qu’une bonne bouffée d’air était nécessaire.

Le blog était toujours là dans un coin de ma tête. Juste en stand-by pour quand je serais prêt. L’expertise manquante, en soi, je l’avais créée de toute pièce par l’autoapprentissage. Mais l’autoapprentissage n’a aucune valeur aux yeux des autres. La seule valeur qui compte est la formation diplômante. Malheureux, mais c’est comme ça.

La reprise d’études commençait alors à faire de plus en plus sens. C’est là que je vais pouvoir échanger avec des scientifiques, assouvir ma curiosité pour les lois de la nature, tester mes méthodes d’apprentissage, vous donner un retour sur ces tests, etc. Lyon ? Grenoble ? Cela s’est déterminé un peu sur le tas, et me voilà donc à Grenoble. Bien que c’était envisageable, je ne voulais pas reprendre les cours en L2. Il me manquait encore quelques notions de L1 et il était hors de question pour moi de faire des maths sous la pression. Ayant un peu d’avance sur le programme et surtout – parce que c’est le plus important – de solides racines, ainsi qu’une curiosité intellectuelle au plus haut, je suis sensé pouvoir aisément concilier étude des mathématiques (ainsi que d’autre matières scientifiques) et reprise d’activité sur le blog.


C’est là qu’Einstein refait surface. « Mes études sont la seule chose qui m’empêche d’apprendre » disait-il. Einstein était avant tout un autodidacte ; infiniment curieux du monde qui l’entourait. S’il voulait travailler sur quelque chose, c’est avec enthousiasme et appétit qu’il le faisait – par lui-même. Il n’attendait pas qu’on lui impose d’apprendre quelque chose pour qu’il se mette au travail.

Et les études, dans tout ça ? Elles représentent un frein énorme à cette capacité d’apprendre par soi-même. Je m’en rends compte aujourd’hui. Après avoir eu cette démarche autodidacte pendant un temps, j’ai la terrible impression que mes cours sont une perte de temps. Cours auxquels je suis obligé d’assister. Ils sont bénéfiques à certains égards. Pas plus tard que vendredi, un collègue m’a permis de comprendre un point sur lequel je bloquais. Mais si je fais la somme de ces bénéfices, ils restent très inférieurs à ceux résultant potentiellement de mes sessions de travail personnel.

Sur les deux semaines qui viennent de passer, je ne peux pas dire avoir appris grand-chose de nouveau, ou même renforcer des acquis. Seul, j’aurais pu approfondir les idées enseignées en classe et passer sur de nouvelles notions sur lesquelles je brûle d’envie d’en savoir plus. On parle de logique et de théorie des ensembles. J’aurais aimé avoir le temps de réfléchir sur le Paradoxe de Russell et approfondir le lien formel entre logique propositionnelle et ensembles. Je n’ai pas eu le temps. On parle de circuit en courant continu. Un week-end suffit à maitriser les notions du semestre. J’aurais aimé avoir plus de temps pour travailler sur les causes plus fondamentales de l’électricité. Force, champ, potentiel électrique/magnétique.

Bref, je ne sais trop quoi en penser pour le moment. Certains me diront que je veux aller trop vite. Peut-être. Mais si je m’en sens capable, ne serait-ce pas un gâchis énorme que de ne pas me réaliser à mon plein potentiel ? J’ai déjà trop ce goût amer des quelques années “perdues”​(2) pour me permettre de laisser filer le temps une fois de plus.

L’université n’est pas non plus à rejeter en bloc, bien entendu. L’idéal voudrait que j’arrive à m’affranchir de certaines contraintes, tout en gardant la possibilité de maintenir un lien avec des enseignants, ou d’autres étudiants pour une coopération constructive.

Nous verrons bien ce que l’avenir nous réserve.


Assez parlé de moi ! Bravo si vous êtes encore là ! Je n’ai pas dû être facile à suivre ! Mais cette mise au point était nécessaire. Puissiez-vous tout de même tirer quelques enseignements de tout mon baratin !

Toute expérience est bonne à prendre – tant que vous en extrayez les enseignements sous-jacents. Il n’y a pas de chemin idéal. Le mien n’est qu’un exemple parmi tant d’autres. N’ayez pas peur de vous tromper. N’ayez pas peur de prendre les mesures nécessaires en temps voulu. Peu importe ce qu’en pensent les autres. Seul votre jugement compte. Pensez en terme d’investissement. Écoutez votre cœur, vous saurez ce qui est bon pour vous.

Si vous vous en sentez le courage, n’hésitez pas à partager votre propre chemin, ou simplement vos doutes et interrogations dans les commentaires. Tout le monde en tirera un bénéfice.  

Et puisque nous sommes en début d’année, message à tous les étudiants : placez-vous dès à présent sur la droite verte ! Ne le faites pas et soyez certain de le regretter un jour. Si vous ne savez pas comment vous y prendre, suivez-moi sur ce blog, je ferai de mon mieux pour vous aider !

Allez – courage à tous !



(1) Simon Singh, Le Roman du Big Bang. Pluriel. p110

(2) Attention : perdues n’est probablement pas le bon mot. Ces années ont participé à forger la personne que je suis devenue et celle que je serai amené à devenir. Ce sont les enseignements que j’en tire qui sont importants.