Parlons peu, parlons bien. D’abord, mes excuses pour cette longue absence qui n’aura pas manquée d’en déconcerter quelques-uns. Comme me l’a si bien dit une amie, le minimum aurait été de vous faire une petite note annonçant mon absence à venir. Seulement, vous le savez, la réalité est toujours là pour compliquer les choses, et il a, en effet, toujours été probable que je me remette à écrire, ne serait-ce que sur un coup de tête, faisant perdre toute fiabilité à quelconque prévision. D’ailleurs, voilà ce coup de tête arrivé ! 

Dois-je avouer que cela trahit une longue phase de négligence ? Depuis un moment les questions fusent quant à la meilleure marche à prendre pour l’avenir. Bien qu’au fond je sache que l’une devrait aller de soi, mon esprit s’immisce, bien mal à propos, dans mes raisonnements, en édifiant cette énorme barrière qui vient contrecarrer toute sage prise de décisions. Or sans décisions, pas d’actions – ou surtout, des actions désordonnées – pas d’actions, pas de résultats. Je me plais à imaginer la situation sous un angle métaphoriquement physique, comme autant de forces de sens opposées agissant sur moi, dont la résultante est inévitablement nulle.

L’enjeu est clair. Ôtons quelques-unes de ces forces, et laissons à l’une d’elle la possibilité de s’exprimer librement, et la situation sera débloquée. Mais laquelle favoriser ? Grande est la question.

Il manquera à ceux qui n’ont pas lu mes précédents JDBs de quoi bien comprendre mon propos. Dans les grandes lignes, me voilà à la fac depuis septembre. Un premier semestre au cours duquel j’ai mis l’accent sur la performance. Sans pousser pour autant. Une bonne organisation, de bonnes méthodes de travail, de quoi performer sans se tuer à la tâche, pour, en effet, de bons résultats. 16,74 de moyenne. Les classements n’ont pas été communiqué, mais j’imagine sans mal me positionner assez confortablement dans le haut de la liste.

Mais.

Mais mon passé d’autodidacte a toujours été là, bien présent, dubitatif et perplexe devant les douleurs que je lui infligeais en me soumettant à ce pauvre système. Ce passé, c’est moi, il a forgé ma nature. Les douleurs, c’est moi qui les ressens. Et chassez le naturel, il revient au galop. J’ai fini le semestre sous perfusion.

Ce que je reproche au système ne fera pas l’objet de ce billet, car croyez-moi, j’aurais le temps de m’épancher sur la question. Je me reporte à Antoine de Saint-Exupéry pour résumer ma pensée – ce qu’il fait fabuleusement bien par ailleurs.


« Si tu veux construire un bateau, ne rassemble pas tes hommes et femmes pour leur donner des ordres, pour expliquer chaque détail, pour leur dire où trouver chaque chose… Si tu veux construire un bateau, fais naître dans le cœur de tes hommes et femmes le désir de la mer. »


Antoine de Saint-Exupéry

Le système universitaire dispose d’un potentiel énorme pour une éducation vivante, enthousiasmante, dans laquelle chacun pourrait avoir la chance de s’épanouir dans l’apprentissage des domaines qui le passionne, et la production d’un travail qui met ses compétences et sa propre personne en valeur – là où celle-ci est aujourd’hui constamment dévaluée.

Alors j’enrage de voir à quel point ce potentiel est gâché, pour trop de raisons dont je ne parlerai pas ici, mais avant tout parce que sa philosophie profonde ne consiste qu’à donner des ordres, expliquer chaque détail, et dire où trouver les choses. Donnez envie. Allumez la lumière dans les yeux de vos étudiants. Montrez leur la beauté de ce que vous enseignez. Arrêtez de leur dire que leurs notes ne dépasseront pas la moyenne s’ils ne savent pas répondre aux questions de cours. Montrez-leur en quoi le cours est important. Faites naître dans leur cœur le désir de la connaissance, de la curiosité, authentique et créative.

Bon. Je n’en dirai pas plus. Alors me concernant. Que faire ? Performer dans un tel système ? L’objectif serait bien paradoxal – mais imaginons. A quoi bon ? Le diplôme ? Ça ne m’intéresse pas. C’est la connaissance et l’échange que je recherche. L’université m’offre de larges opportunités d’échanges, mais elle me ralentit – considérablement – dans ma quête de connaissances. Que faire ? Au fond, j’aimerais converger vers un compromis avec elle. Un commun accord qui me permette de rester, sans devoir me soumettre à toutes ces forces qui étouffent mes élans. Pour faire court : participer aux cours seulement lorsque je le juge nécessaire, et restreindre l’évaluation aux examens terminaux. Une telle restriction a ses raisons.

Quelle idée utopiste !

Pourquoi je reste ? C’est la solution sage ; aussi la cause de la barrière de mon esprit. Tout irait mieux si je partais. J’en ai tellement envie. Et pourtant, rester est la bonne solution. Je le sais. Je n’aurais aucun mal à m’en sortir en dehors du système. Aucun. Mais l’université m’apportera une chose que je ne trouverais pas ailleurs : l’influence – pour la changer elle-même, de l’intérieur – et accéder à quelques sphères inaccessibles autrement.

Je dois rester. Mais je ne tiendrais pas sans compromis. Le lâché prise est déjà bien entamé. L’université a le pouvoir de propulser des génies potentiels, comme de les détruire. Il y en a tant qu’elle a détruit, si peu qu’elle a propulsé. Que fera-t-elle avec moi ? Je ne peux dire si c’est un génie qu’elle détruit, mais je peux assurer qu’elle me détruit bel et bien.

Alors la conclusion s’impose, évidente. Si le compromis n’est pas possible, je n’aurais d’autres choix que de continuer ma route ailleurs, et tant pis pour ceux qui y ont tout à perdre. Si le compromis s’avère possible, d’abord merci à ceux qui auront œuvré à cet effet, et il n’y aura alors plus qu’une chose à faire : ne pas les décevoir.

#Et le blog dans tout ça ?

Le blog … Difficile de tenir une ligne éditoriale lorsque la résultante des forces est nulle. Parler de tout et son contraire, des paradoxes pleins les idées. En bref, l’avenir est encore incertain, et dépendra de la force qui se trouvera libérée de ses contraintes – naturellement, celle-ci dépendra de l’issue de toute cette histoire, compromis, ou pas compromis.

Alors je ne peux pas vous dire grand-chose pour le moment, hormis que les choses sont en train de bouger, et que vous allez m’entendre bien assez vite.

Restez à l’affut de prochaines publications, et mes excuses à tous ceux qui auraient trouvé ce billet confus. En vérité, tout autant confus que nécessaire.