Semaine marquée par ce terrible sentiment dominant : la frustration, résultante de l'inefficacité. À mon niveau comme à un niveau plus général. Non pas que j’ai été inefficace d’un point de vue personnel, et dans les limites de ce que j’ai été capable de faire. Loin de là. Mais plutôt que le système dans lequel je suis obligé d’évoluer m’irrite au plus haut point.

Pour le moment, je n’ai pas vraiment d’autres choix que de composer avec ce qu’on me donne. Alors j’essaie de trouver des solutions. Ce blog en sera la vitrine. Mais parlons d’abord de ce qui ne va pas – de la source de la frustration. 

J'ai déjà évoqué cette problématique succinctement dans le JDB#2. « Mes études sont la seule chose qui m’empêche d’apprendre » disait Einstein. Et non pas sans raison. L’année dernière passée en autodidacte a été marquée par une évolution incroyablement rapide de mes connaissances. En un semestre, j’ai bouclé plus de trois ans de cours de maths. Bouclé dans le sens compris et maîtrisé, autrement ce serait trop simple. La caractéristique principale de ma méthode de travail – et je m’en rends compte maintenant que je ne peux plus l’appliquer – était de comprendre l’intégralité d’une notion au moment même où je la travaillais. Une sorte d’« apprentissage définitif » - bien que cette dénomination ne soit pas tout à fait correcte.

Un stylo, une feuille de papier, un bon livre ou internet, et je me plongeais corps et âme dans une notion, jusqu’à ce qu’elle n’ait plus aucun secret pour moi. Certains craindront que ce procédé soit trop long. Pas le moins du monde. Mettez-y un minimum d’intensité et d’amour pour ce que vous faites et vous aurez vite fait de témoigner de son efficacité.  

Désormais, me voilà en cours. Gros poids lourd sur cette saine liberté que je m’étais enfin octroyée.

L’efficacité liée à l’apprentissage définitif n’est plus. L’apprentissage définitif lui-même ne peut plus vraiment être. Les heures passées en cours ne nous permettent pas de tout comprendre – bien que ce soit ce vers quoi il faille tendre. Rythme parfois trop élevé. D’autres fois bien trop faible. Notion intéressante mais jugée marginale que l’enseignant estime non digne d’un réel approfondissement. Application aveugle de méthodes de résolutions sans chercher à comprendre les vérités sous-jacentes. Jonglage permanent entre les matières. Bref, manque d’optimisation et inefficacité ambiante.

Ce temps passé en classe se doit alors d’être décuplé en travail personnel – accroissant par la même occasion le manque d’optimisation. La quantité est variable. En général on s’accorde à doubler. Pour deux heures de cours, comptez deux heures de travail personnel. Quatre en tout, là où l’apprentissage définitif aurait bouclé le tout en à peine plus de deux heures. Et encore je me base sur la quantité assez pauvre d’informations traitées en cours. Certes, un peu plus de temps sera nécessaire pour faire les choses bien, mais le bénéfice qu’on en tirera justifiera amplement la démarche.

Un exemple. Mardi, TD de préparation pour un TP d’introduction au calcul scientifique (presque ironique l’intitulé). 1h30 de cours, pendant lesquelles nous avons parlé du codage des entiers naturels par les machines numériques. Du binaire. Rien de bien sorcier. Puis du codage des nombres réels. Ok, signe, exposant, mantisse … un peu plus complexe, mais ça va. Le fait est qu’une simple petite recherche sur internet nous permet de trouver des cours, totalisant une même durée, et incroyablement plus complets et pédagogiques. Codage des entiers relatifs, complément à 2, domaines couverts, nombres binaires à virgule flottante, à virgules fixes, standard IEEE 754, et le tout parsemé de petites informations de culture générale dont je suis friand. Comme l’introduction du 0 et du système de numération décimal basé sur la position par Brahmagupta en Inde en 600 de notre ère. Puis plus tard au 13e siècle en occident par Fibonacci. Voilà le type d’anecdotes historiques et de petits savoirs qui rendent l’apprentissage enthousiasmant.

Travailler directement sur ces ressources en ligne aurait certainement pris un peu plus de temps qu'assister au cours en présentiel. Mais en somme, les informations enregistrées, en plus d’être plus complètes, auraient surtout bénéficié de l’apprentissage définitif. Le tout pour une meilleure optimisation du temps et de l’énergie disponible.

Jeudi, le TP associé. Trois heures. J’aurais infiniment préféré les allouer à des maths plus esthétiques que cette discrétisation disgracieuse.

Le constat que je dresse ici est tristement généralisable à bien trop d’autres heures de cours. Mercredi, 1h30 de TP (d’introduction encore) – que j’avais quasiment bouclé en 30 minutes la veille au soir. Vendredi, trois heures de maths en fin de journée. Qui de notre prof ou des élèves étaient les plus motivés à bosser, je me le demande ! Mais tout n’était pas perdu. Entre deux calculs de limites nous avons pu profiter d’illuminants conseils sur la vie de couple !


Je ne ferais pas autant de bruit si cela n’impactait pas mes capacités à faire les maths que j’aime et de la manière qui me semble la plus efficace. Depuis septembre que j’ai repris les cours, j’ai la mauvaise impression d’avoir guère progressé sur quoi que ce soit. Et ce n’est pas faute d’enseignements intéressants. Nous travaillons sur la logique, sur la mise en place de raisonnements mathématiques classiques et sur la théorie des ensembles. Ces notions ne sont pas toutes évidentes. Et ce sont là des prérequis indispensables pour qui veut faire des maths plus avancées. J’aimerais pouvoir les travailler plus efficacement. Idem pour ce qui a trait à la technicité, à la performance en calcul pur et dur. La pratique est de mise. Trop de cours non optimisés rendent cette pratique très limitée. Et c’est bien dommage.

Travailler plus serait une solution. Moins dormir. Prendre moins de temps pour soi. Mais ce n’est pas le but. D’autant plus que la solution ne serait pas durable. Des solutions durables il en existe. C’est mon boulot de les identifier et de les mettre à l’épreuve pour, à terme, vous transmettre celles qui fonctionnent.


Bon j’arrête de me plaindre ! Il fallait juste que ça sorte. Histoire d’y voir un peu plus clair dans ce qui ne va pas, pour espérer apporter en définitive des solutions viables et profitables à tous.

J’aimerais toutefois finir sur une note positive en n’oubliant pas tous les avantages que me confère cette présence à l’université. Notamment le challenge que représente l’effort d’optimisation des méthodes de travail à ce nouvel environnement. Savoir s’adapter à toute situation est une grande qualité à acquérir. Et pour ça, pas d’autres choix que de sortir de sa zone de confort.

Plus encore que l’adaptation, il faut en toutes circonstances apprendre à mettre à profit le meilleur de ce que la vie nous offre. Malgré tous ses défauts, ce serait être de mauvaise foi de ne pas reconnaître tous les avantages de l’université. Stimulation intellectuelle. Dialogue avec des professionnels passionnés. Vie associative. Conférences. Une offre sportive et culturelle extrêmement variée. Échanges internationaux. Rencontres. Ouverture à de nouveaux domaines d’études. Et j’en passe !

Dans ce monde-là, une once d’audace suffit à dévoiler d’innombrables opportunités rêvées.


Sur ces mots – bonne semaine à tous !