Vos pensées, vos raisonnements, la capacité que vous avez d’apprendre, de comprendre, de créer, d’avoir des idées nouvelles sont, par nature, conditionnées par les modes de fonctionnement de votre cerveau. Comme il n’est pas souhaitable d’aller contre nature, préférez la mettre dans votre poche, et tirez des lois qui lui incombent des conséquences pratiques qui vous permettront d’arriver à vos fins dans les meilleures conditions.

Votre cerveau fonctionne selon deux modes : le mode « focus » et le mode « diffus ». L’un correspond à un état de concentration intense dirigée sur une tâche bien précise, souvent intellectuellement exigeante (comprendre un concept en maths, rédiger un commentaire, programmer, etc.). L’autre, un état de relaxation de l’esprit, une pause entre deux sessions de travail.

Voyez le premier comme une intense activité cérébrale localisée en un circuit de neurones restreint à une petite région de votre cerveau, par là même renforçant les connexions dont il est question, et le deuxième comme une libre dispersion de l’activité dans autant de recoins dont vous alliez même jusqu’à ignorer l’existence (cf. image ci-dessus). Cette description du mode « diffus » laisse comprendre en quoi son emploi est indispensable : c’est lui qui permet l’accès à de nouvelles idées, de nouvelles manières de comprendre, de visualiser ce que vous êtes en train d’apprendre, et surtout, de créer de nouveaux liens entre ces idées. C’est en ouvrant à votre pensée l’accès aux recoins insoupçonnés de votre cerveau qu’un chemin peut s’esquisser, esquisse qu’il faudra alors développer et consolider en faisant appel au mode « focus ».

Le mode « diffus » ouvre de timides chemins, le mode « focus » les élargit et les structure. La subtilité étant qu’un travail dans le mode « focus » est nécessaire à ce que le mode « diffus » remplisse son rôle. Il faut avoir travaillé intensément sur un problème bien déterminé pour que l’esprit, une fois émancipé de la contrainte de la concentration, crée de nouvelles connexions utiles à la résolution dudit problème. C’est là un phénomène très intéressant que les grands scientifiques, artistes, entrepreneurs, etc. ont su exploiter pour apporter au monde les contributions qu’on leur connait (un bon exemple dans la chronique du Dernier Théorème de Fermat).

Plus concrètement, travaillez par sessions de 50 minutes.

Pourquoi ? D’abord, parce qu’à la lumière de ce qu’on vient de dire, l’alternance entre les modes « focus » et « diffus » vous permettra d’optimiser votre apprentissage. Pour dire vite, apprendre, c’est créer de nouvelles connexions entre les différentes composantes de vos savoirs et compétences. C’est lier les nouveaux concepts à la masse de connaissances déjà en votre possession. C’est créer et renforcer de nouveaux chemins neuronaux. Désormais, vous savez comment faire. 50 minutes de travail intensif suivi de 5 à 10 minutes de pause feront l’affaire. L’alternance entre les modes est respectée.

Ensuite, rappelons l’équation de la réussite, que j’expose dans le JDB#10, légèrement adaptée ici :  

(travail accompli) = (le temps passé à l’accomplir) x (qualité du mode « focus »)

Le mode « focus » sera considéré comme de bonne qualité lorsque l’intensité que vous fournissez est maximale, lorsque votre esprit ne réagit pas aux distractions, lorsque vous êtes activement engagé dans le processus d’apprentissage. Or, passé 50 minutes, la tâche devient ardue. L’esprit s’épuise, la pause s’impose, après laquelle vous serez de nouveau dans de bonnes dispositions pour attaquer les 50 prochaines minutes. Votre but consiste en ce que vos sessions de travail soient toujours intenses et efficaces, car ce n’est qu’ainsi que vous réduirez le temps passé à travailler, pour une production de haut niveau (cf. l’équation) – but que vous aurez tout le mal du monde à atteindre sans pauses régulières.

Il y a d’autres raisons que je pourrais discuter ici, mais honnêtement, vous avez l’essentiel. Réunir ses cours et ses bouquins dans l’idée de bosser une après-midi entière pour en finir avec ce devoir qui vous agace, c’est perdre votre temps, et risquer de produire un travail médiocre et bâclé. Préférez morceler cette après-midi en de plus courtes sessions, et mieux encore, planifier ces sessions sur plusieurs jours. Non seulement la tâche vous paraîtra plus accessible, mais surtout, c’est ainsi que vous produirez un travail riche et brillant.  


Je vous laisse sur ce court extrait du livre Le Dernier Théorème de Fermat, dans lequel Andrew Wiles, le mathématicien à qui l’on doit la démonstration de ce fameux théorème, tient un discours qui devrait faire écho avec le contenu de ce billet :

« A la base, c’est un tour d’esprit. Parfois, on prend des notes pour clarifier ses pensées, mais pas nécessairement. En particulier, quand on est arrivé à une véritable impasse et quand il y a un vrai problème, le processus ordinaire de réflexion mathématique ne sert à rien. Pour atteindre cette idée nouvelle, il faut qu’il y ait eu auparavant une longue période de formidable concentration sur le problème, sans aucune distraction. Il faut ne penser à rien d’autre qu’à ce problème, seulement se concentrer dessus. Après on arrête. Suit une période qui ressemble à la détente, durant laquelle il semble que ce soit le subconscient qui prend la direction des opérations, et c’est alors qu’on a des idées nouvelles. »